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samedi 31 juillet 2021
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Campagne cajou 2021 : La grande offensive de l’organe de régulation pour une production de qualité

Les acteurs de la filière anacarde de la région du Poro réunis au Complexe hôtelier Olympe de Korhogo le 10 février 2021

Savez-vous que le diamant n’a aucune valeur à la vente tant qu’il n’a pas été certifié par le Processus de Kimberley ? L’anacarde obéit presque à la même exigence. Ici, la « certification » qui détermine la valeur marchande est la qualité. La quantité seule ne suffit pas au producteur et à l’acheteur pour tirer un meilleur profit des noix. Encore moins l’exportateur, tant que les éléments de qualité recherchés ne sont pas au rendez-vous. Les paramètres portent sur le grainage de la noix, son taux de défaut, son taux d’humidité qui doit être moins de 10%, son taux de rendement en amande appelé Kor.

Comparées à celles des pays tels la Guinée-Bissau et la Tanzanie, l’anacarde ivoirien a peu de cote sur le marché international. En cause : sa qualité moyenne. Cette situation a pour conséquence de ne pas tirer les prix du produit vers le haut.

Le directeur général adjoint du CCA, Mamadou Berté, a invité les producteurs à respecter les bonnes pratiques avant de commercialiser leurs produits

Le Conseil du coton et de l’anacarde (CCA) a décidé de passer à l’offensive en allant à la rencontre des acteurs de la filière. Notamment les producteurs. Comme en 2018, des équipes ont été dépêchées dans les chefs-lieux des régions productrices, du 10 au 12 février. Leur mission est double : sensibiliser à l’amélioration de la qualité des noix brutes de cajou et mettre en branle les comités de veille pour le suivi de la campagne de commercialisation 2021.

À Korhogo, les acteurs locaux de la filière et le corps préfectoral de la région du Poro ont eu droit à une brève présentation du secteur cajou à l’échelle nationale. « De 500.000 tonnes en 2013, la production nationale de noix de cajou est passée à plus de 850.000 tonnes en 2020, consolidant ainsi la position de leader mondial qu’occupe la Côte d’Ivoire depuis 2015 au niveau de la production de noix brutes. Le taux d’humidité moyen est passé de 9,6% en 2013 à 8,4% en 2020. Pour la campagne de commercialisation 2020, environ 297 milliards de francs CFA ont été distribués aux producteurs », a résumé le directeur général adjoint du CCA.

Les différents grades (KOR) de la noix de cajou liés à la qualité. Plus le KOR est élevé, plus le produit a de la valeur et plus le prix est élevé

Ces chiffres ne masquent pas la réalité. « Malgré ces performances, la filière reste confrontée à d’énormes défis. Notamment celui de la qualité. Si le taux d’humidité moyen national a connu une amélioration, l’évolution des autres paramètres liés à la qualité s’est faite en dents de scie. La moyenne nationale du Kor est passée de 46 en 2013 à 48 en 2014 et 2015 avant de baisser à 46,8 en 2019. En 2020, le Kor national a été 47,4 », a dépeint Mamadou Berté. Plus inquiétant encore, « pendant la campagne 2020, des résidus de pomme ont été observés dans des volumes importants de noix de cajou prêtes à l’export », a dénoncé le directeur général adjoint de l’organe de régulation. Et d’expliquer que « pour chaque point de Kor en moins, la filière cajou perd au moins 100 dollars par tonne ». C’est pourquoi la recherche de la qualité doit être l’affaire de tous, a-t-il conseillé.

L’évolution du prix d’achat bord champ depuis 2013, année de la réforme de la filière cajou. L’année 2017 a été la meilleure campagne avec un KOR de 48 pour un prix d’achat en hausse jusqu’à 715 francs CFA en moyenne

En 2017, l’anacarde ivoirien a été classé dans la catégorie « excellent » avec un Kor de 48 outturn. Ce qui a fait grimper le prix d’achat bord champ de 440 francs CFA à presque 800 francs CFA en moyenne sur le terrain, rivalisant avec le cacao. Dans certaines zones du pays, le kilogramme de noix a été acheté à plus de 1.000 francs CFA. Faisant de l’année 2017, la meilleure campagne de commercialisation enregistrée par l’organe de régulation. Depuis, il y a eu un relâchement chez les producteurs au niveau des bonnes pratiques.

Les bonnes pratiques pour une meilleure qualité

La qualité de la noix brute de cajou reste le facteur déterminant de son prix de vente et d’achat. Les paramètres recherchés résultent des opérations de production, de récolte et de traitement post-récolte.

Pour Soro Klotioloman, coordonnateur coton et anacarde à l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER), appliquer les bonnes pratiques agricoles liées à la qualité revient à nettoyer les champs (intérieur et autour de la plantation) pour éviter aux noix les piqûres d’insectes. Ramasser immédiatement les fruits tombés pour leur épargner la moisissure. Séparer la noix de la pomme à l’aide de la ficelle pour ne pas que l’acidité du jus de la pomme abîme les mains. Sécher les noix de cajou sur une claie, les trier, les conditionner dans des sacs en jute puis les stocker dans un endroit aéré. Il n’est pas recommandé de secouer les arbres pour accélérer la chute des pommes. Les producteurs réunis à Korhogo et à Ferké ont été exhortés à suivre scrupuleusement ces conseils.

Les comités de veille en ordre de bataille

À travers un atelier régional tenu à Ferké, le comité de veille pour le suivi de la commercialisation de l’anacarde dans la région du Tchologo a passé en revue ses résultats et difficultés. Cette rencontre d’échanges, élargie aux responsables des différentes  forces de sécurité présentes dans la ville, a été d’autant plus importante que pour Ouattara Gniré Mariam (directrice des productions agricoles au Conseil du coton et de l’anacarde), la responsabilité est grande en tant qu’acteurs de la filière. « Non seulement elle consiste à améliorer les revenus des acteurs de la chaîne des valeurs, mais aussi de promouvoir le label de l’anacarde ivoirien au plan international dans un contexte de crise sanitaire mondial de la Covid-19 ».

À Ferké, la directrice des productions agricoles au CCA, Ouattara Gniré Mariam, a appelé à l’esprit de discipline de tous les acteurs pour le respect scrupuleux des dispositions règlementaires en vigueur pour une campagne 2021 réussie

Le choix de Ferké pour abriter l’atelier n’est pas fortuit. Cette ville n’est pas très éloignée du Burkina Faso où des noix de cajou ivoiriennes sont exportées frauduleusement chaque année. En 2020, le comité de veille local a saisi plus de 100 sacs remplis de produits près de la frontière. Outre la fuite de l’anacarde, le délégué régional du CCA, Coulibaly Zié, a énuméré d’autres problèmes : non-respect du prix d’achat aux producteurs, des retards de paiement au titre de la campagne 2020. Ces difficultés sont les mêmes partout : Agnibilékrou, Koun-Fao, Tanda, Transua, Bondoukou et Bouna pour la frontière Est (Ghana).

Pour une bonne traite 2021, l’atelier a recommandé la dotation des forces de l’ordre en engins de mobilité afin de contrer l’exportation illicite, le retrait d’agréments aux faussaires, l’implication des sous-préfets des localités frontalières dans le suivi de la commercialisation des noix brutes. Et surtout, ne pas vendre ou acheter les produits en dessous du prix minimum de 305 francs CFA le kilogramme.

OSSÈNE OUATTARA




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