D’où lui est venue cette passion pour la musique ? Et pourquoi le reggae ? Quelles relations entretient l’homme de la région Bounkani avec ses devanciers Alpha Blondy, Tiken Jah et Jim Kamson (le « koro » de son District d’origine) ? Quels sont ses projets cette année 2026 ? Tom D Genèse répond sans détour à ces interrogations et à bien d’autres dans cet entretien exclusif qu’il nous a accordé vendredi 16 janvier. 
Depuis quand tu t’es mis à la musique ?
À l’état civil, je m’appelle Hien Sié Thomas. Mon nom d’artiste, c’est Tom D Genèse. Je suis dans la musique depuis le début des années 2000.
Comment a commencé l’aventure ?
C’est depuis le lycée à Bouaké que tout a commencé. Tout est parti de ma rencontre avec « les Wilson ». C’était l’orchestre de Bouaké. J’ai tiré mon inspiration de ce groupe avec qui je tournais. Ce sont ses membres qui m’ont formé.
Pourquoi avoir choisi Tom D Genèse comme nom de scène ?
« Tom » est le diminutif de « Thomas ». Et « D » pour juste relier « Genèse » qui veut dire le « Commencement ». J’ai donc pris le nom Tom D Genèse pour parler du renouveau de l’Afrique. Après tous les maux que notre continent a subis, l’esclave par exemple, on doit renaître de nouveau. Les lamentations doivent laisser place à la renaissance.
Tu parles des « Wilson » qui t’ont inspiré. Mais n’y a-t-il pas une histoire derrière ta propension à la musique ?
Bien sûr. Depuis l’école primaire, je m’essayais déjà à la musique d’une certaine façon. Je faisais du théâtre et jouais beaucoup la comédie qui s’accompagnait de musique en compagnie de mes amis d’école. C’était de l’humour musical en quelque sorte. Par exemple, s’il arrivait qu’un de nos amis se faisait frapper à la maison par ses parents, je pouvais tourner sa situation en dérision par des moqueries en improvisant une chanson. Il arrivait qu’on se bagarre pour ça [rires]. Lorsque je suis arrivé au lycée, j’ai commencé à formaliser ce talent.
On pourrait donc dire que la musique t’a possédé l’âme très tôt. Est-ce que ça ne t’a pas empêché de continuer les études secondaires ?
Pas du tout. J’ai atteint au moins la Terminale.
Pourquoi avoir choisi le reggae ?
Le reggae est le meilleur canal pour faire passer mon message. En musique, il y a les instruments. Mais il y a surtout le message qu’on veut diffuser. C’est le reggae qui est approprié pour véhiculer mon message sur la réconciliation, l’amour, la justice et le renouveau de l’Afrique. Le reggae est le canal par lequel la Jamaïque s’est réunifiée à travers Bob Marley. Face au déclin politique en Afrique, je veux passer par la même musique pour porter mon message.
Combien d’albums as-tu sorti ?
J’ai sorti un album de 10 titres pour le moment. Intitulé « Réveille-toi Africa », il est là depuis 2013. Il est accompagné d’un maxi-single de 10 titres appelé « Microbes » et « Personne ne pourra » sorti en 2018. Il y a aussi « Si c’est fini, faut partir ». C’est un single sorti en 2019. Je suis également auteur de « Maman » et de « Si j’avais le pouvoir ».
Pourquoi un seul album depuis 2013 ?
J’ai voulu sortir un second album en 2020 pour maintenir la constance. Mais la pandémie de coronavirus a éclaté. J’ai profité de ce temps d’arrêt pour bosser durement. Je dois cependant affirmer que les choses ne sont pas faciles. C’est en effet Tom D Genèse qui est son propre producteur. Chercher soi-même les moyens, ensuite composer les chansons et faire tout le reste n’est pas facile.

C’est aussi difficile de trouver des producteurs ?
Oui. Très difficile. L’industrie musicale n’est plus comme avant. Certes c’est un business, mais la rentabilité ne suit pas toujours. Les gens ne s’y intéressent plus comme avant.
Quels sont les autres problèmes de votre secteur ?
L’accès aux médias publics devient de plus en plus difficile pour nous qui faisons du reggae. Nous sommes taxés d’être critiques à l’égard des gouvernants. La musique est un produit qui a besoin de promotion pour avoir du succès. Mais on nous barre la route aux médias. Nous avons des soucis de communication. C’est un problème sérieux. Aujourd’hui, il n’y a pas un genre musical plus engagé et plus critique que le Zouglou. Mais cette musique est jouée à longueur de journée dans les médias. Pas le reggae sur lequel les gens ont une idée arrêtée.
As-tu des projets cette année 2026 ?
En mars prochain, je mettrai sur le marché un nouvel album de 10 titres. Il sera intitulé « Dihamin », expression lobi qui veut dire « Ainsi va le monde ». Des concerts sont prévus un peu partout. Je vais bouger beaucoup en 2026. En Côte d’Ivoire et à l’extérieur. Cette année sera chargée pour l’artiste Tom D Genèse.
Parlant de reggae en Côte d’Ivoire, il y a des noms qui y sont associés. Alpha Blondy, Tiken Jah et d’autres. À l’échelle régionale, c’est-à-dire dans le Zanzan, c’est Jim Kamson. Es-tu en relation avec ces figures ?
Oui. Je n’ai pas de problèmes avec ces grands-frères. Plusieurs fois, j’ai rencontré le grand Alpha Blondy dans les locaux de sa radio. Avant-hier, on s’est vus Tiken Jah et moi. Idem pour le grand-frère Jim Kamson. J’étais chez lui lorsqu’il a perdu son fils. Ce sont des personnes qui m’encouragent à aller de l’avant.
Propos recueillis et retranscrits par OSSÈNE OUATTARA



