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vendredi 30 septembre 2022
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Timitey Maury : « Je n’irai pas prendre des ordres auprès de quelqu’un »

Quel est son regard sur Bondoukou en termes de développement ? Vise-t-il la mairie de la ville aux élections municipales prévues pour 2023 ? Sa recette pour faire rebondir le Sacraboutou sport dont il est le président, son engagement social… Dans l’entretien qu’il nous a accordé le 16 juin dernier, Timitey Maury répond à ces interrogations sans langue de bois. « Je n’irai pas prendre des ordres auprès de quelqu’un », dit l’ex-adjoint au maire, à qui veut l’entendre.

Timitey Maury se définit comme « agent de développement ». En tant que tel, « tout ce que je peux faire c’est aider »

D’où vient Timitey Maury ?

Je suis originaire de Bondoukou. Mon père est du quartier Limamso, donc de la grande famille des Timité. Ma mère vient de Koumalagasso, de la grande famille des Gbané. J’ai été éduqué par mon oncle Gbané Bema Gaga. Ce dernier ne vit plus. Je voudrais saisir cette lucarne que vous m’offrez pour saluer sa mémoire et lui rendre hommage. Il était très connu à Bondoukou. Après sa carrière professionnelle, il a été élu député. Puis au bout d’un mandat, il s’est retiré de la politique. C’est avec cet oncle que j’ai passé l’enfance et ma jeunesse.

Quelle profession avait-il exercé avant d’être élu à l’Assemblée nationale ?

Il était à l’Éducation nationale en tant que directeur régional de l’enseignement à Bouaké. C’est dans cette ville que j’ai fait mes premiers pas à l’école. Je me suis retrouvé ensuite à Abidjan pour le cycle secondaire lorsque l’oncle a été muté dans cette ville après sa nomination en tant que directeur de Cabinet du ministre de l’Éducation nationale. Après le BAC en 1989, je suis entré à l’ENSTP [École nationale supérieure des travaux publics, NDLR] de Yamoussoukro où j’ai suivi des études de géomètre.

Qu’avez-vous fait après ?

Après mon diplôme d’ingénieur géomètre, j’ai intégré la direction générale des Impôts. Peu de temps après, j’ai continué les études pour obtenir le diplôme d’ingénieur principal des travaux publics. Au niveau professionnel, j’ai occupé plusieurs postes de responsabilité dans l’administration fiscale. J’y suis entré très jeune et j’ai gravi les échelons. J’ai été chef de service. Ensuite sous-directeur. En 2015, j’ai été nommé directeur général du CROUA 2 [Centre régional des œuvres universitaires d’Abidjan 2, NDLR]. Cet EPN gère au quotidien toutes les activités des étudiants de l’université d’Abobo-Adjamé, en dehors de l’aspect académique. Je précise que j’ai été la première personnalité à occuper cette fonction. À mon arrivée, j’ai trouvé que tout était à refaire dans cette structure naissante. Au bout d’une année de travail acharné, j’ai mis en place tous les mécanismes pour que le CROUA 2 soit opérationnel. Après y avoir passé plus d’une année, je suis revenu à la direction générale des Impôts. J’occupe actuellement la fonction de conseiller technique du directeur du cadastre.

Des responsabilités au niveau local ?

Oui. En 2013, des amis et moi avions un projet. Nous sommes allés aux Municipales et avons gagné. J’ai été élu 2e adjoint au maire de la commune de Bondoukou. Nous avons remis le couvert en 2018 et après la victoire de notre équipe, je suis devenu conseiller municipal. J’ajoute qu’à 2 reprises j’ai été candidat malheureux aux élections législatives. C’était en 2016 et 2021.

Que s’est-il passé pour que vous deveniez simple conseiller municipal ?

J’ai pris du recul pour convenance personnelle.

Comptez-vous viser la tête de la mairie aux prochaines Municipales prévues pour 2023 ?

C’est probable. Chose envisageable. Nous avons un projet que nous souhaitons proposer à la population de Bondoukou. Nous travaillons d’ailleurs d’arrache-pied sur le terrain pour cela. Je vous ai dit tout à l’heure que je suis conseiller municipal depuis 2013. Nous avons donc acquis une somme d’expériences que nous comptons capitaliser.

Quel est votre regard sur Bondoukou en termes de développement économique et social ?

Question très importante. Nous fondons beaucoup d’espoir sur les mutations actuelles dans notre commune. Lorsqu’on parle de développement économique et social, l’objectif c’est de faire en sorte que tout ce qu’on construit comme infrastructures ou ce qu’on apporte comme élément nouveau contribue au bien-être des populations. Aujourd’hui, Bondoukou bénéficie d’un certain nombre de projets de la part de l’État. Si hier notre ville disposait de quelques collèges, elle a aujourd’hui des lycées. Elle dispose maintenant d’un CAFOP. Bientôt elle sera dotée d’un lycée de jeunes filles, d’une université. Des routes sont prévues. Le plateau technique du Centre hospitalier régional va certainement connaître une amélioration, etc. On peut donc affirmer que Bondoukou est actuellement en plein essor. Comment les populations peuvent en tirer profit ? Voilà la vraie question.

Faut-il s’en contenter ? N’y a-t-il pas d’autres grands défis qui naîtront ?

Des défis nouveaux vont assurément se poser. Au niveau des transports, de l’hébergement des enseignants du Supérieur. Ce n’est pas à l’État de venir construire des maisons. Ceux qui possèdent des terrains peuvent déjà commencer à construire des logements et les mettre ensuite en location pour gagner de l’argent. Il y aura des soucis sécuritaires. Il faut s’organiser au niveau local pour résoudre ces problèmes. Avec l’extension de la ville, sa gestion ne doit pas être ce qu’on a l’habitude de voir. Sur ce point, il n’y a que les populations elles-mêmes pour apporter des solutions.

On vous voit souvent faire des dons et parrainer des manifestations. Pourquoi ?

Nous mettons l’Homme au centre de notre projet. Au niveau de l’Éducation nationale, nous organisons chaque année des cours de vacances qui sont gratuits. Nous les offrons aux enfants de Bondoukou. Bien qu’ils soient en vacances, on leur permet de garder encore la tête dans les livres. Il y va de leur éducation. À la fin de ces cours-là, les meilleurs apprenants sont récompensés avec des fournitures scolaires pour leur permettre une bonne rentrée des classes. Nous le faisons parce que c’est la jeunesse de demain, l’avenir du pays. En outre, nous avons créé des centres d’alphabétisation pour nos mamans qui n’ont pas été à l’école. Une manière pour nous de participer à leur autonomisation. Imaginons une pauvre femme qui ne sait lire, écrire ni calculer. Si cette dernière veut vendre ses noix de cajou à quelqu’un qui se trouve être un acheteur véreux. Comment cette femme pourra savoir si l’acheteur ne la vole pas dans la pesée avec sa balance et dans le calcul de la somme d’argent que valent ses noix de cajou ? Il faut que les femmes qui demandent des moyens financiers pour faire par exemple du commerce soient outillées pour faire de la gestion.

Vous semblez dire qu’il y a eu des cas d’échec avec des femmes qui n’ont pas su bien gérer des fonds mis à leur disposition. Est-ce cela ?

Exact. J’avais mis en place un fonds que j’ai appelé Fonds pour l’autonomisation de la femme de Bondoukou (FAFBO). Une femme pouvait venir emprunter au maximum 50.000 francs CFA pour entreprendre une activité. Puis au bout de 4 mois, elle devait les rembourser sans intérêt. Cela, pour permettre à d’autres d’être bénéficiaires. Mais on s’est rendu compte que les premières qui ont emprunté ne comprenaient pas l’enjeu. Elles avaient confondu bénéfice et capital. On aurait dû d’abord les former à la gestion avant de leur octroyer les prêts.

Est-ce pour cela que vous avez créé une Fondation ?

On peut voir les choses ainsi. Il y a la Fondation Timitey Maury et l’ONG Carrefour du bonheur. Globalement, ces 2 structures sont pour nous des instruments pour aider la population de Bondoukou.

D’où vient cette fibre d’activiste social ?

Je me définis comme agent de développement. En tant que tel, tout ce que je peux faire c’est aider. Je pense aussi que mes 30 années au ROTARY ont façonné ma manière de voir et de faire les choses. Le ROTARY apporte de l’espoir aux démunis. J’aime donc partager. J’essaie à mon humble niveau d’apporter une petite pierre à la construction de Bondoukou. Que ce soit à un petit niveau ou à un plus grand, je n’ai aucun problème à servir. Je fais ce que j’ai à faire. Ce sont les populations qui apprécient. Je me prépare à les solliciter. Si elles estiment qu’elles peuvent me confier certaines tâches dans la droite ligne du développement de notre commune, je n’hésiterai pas. Je pense en avoir les capacités et également l’intelligence. Je l’ai démontré ailleurs et lorsque j’étais à la Municipalité, parmi les décideurs.

Dans cette mission de philanthrope, rencontrez-vous des oppositions de n’importe quelle nature ?

Tout ce que vous faites est perçu d’une manière ou d’une autre. Lorsque vous faites du bien, c’est interprété d’une manière. Mais je n’écoute pas tout ce qui se dit. Je suis maître des actes et actions que je pose. Je n’irai pas prendre des ordres auprès de quelqu’un. Je cherche à faire du bien autour de moi. Ceux qui estiment avoir des problèmes avec mes actions, ça n’engage qu’eux. Je suis tranquille dans la tête.

Vous êtes le président du Sacraboutou sport. Comment l’êtes-vous devenu ?

Je suis un passionné de foot. Avant d’arriver au Sacraboutou, j’ai été vice-président de l’Entente sportive de Bingerville de 2007 à 2013. Cette équipe avait évolué en Ligue 1 et même participé à un championnat d’Afrique. Quand nous avons remporté les élections municipales de 2013, ceux qui avaient la gestion du Sacraboutou se sont rapprochés de la nouvelle équipe pour lui signifier que le président Yao Kouassi Gervais [Gervihno] avait décidé de se retirer de la tête du club. Il y était depuis 2 ans. On m’a alors demandé de prendre la gestion, sachant que j’aime le foot. Peu de temps après, j’ai été confirmé président du club à l’issue d’une Assemblée générale. Et depuis, je me bats pour faire avancer notre équipe.

Depuis peu, on voit des comités de supporteurs du club qui se créent sur les réseaux. Quel commentaire vous en faites ?

Une satisfaction pour moi. J’avoue que les choses n’ont pas été faciles au début. Le Sacraboutou est un club mythique pour la ville de Bondoukou. Avant que je n’en devienne le président, il y a eu beaucoup de situations que je ne maîtrisais pas. Je me suis donc retrouvé seul à tout faire. J’ai frappé à plusieurs portes qui sont malheureusement restées closes. Mais comme j’ai de l’amour pour le foot et pour la commune, j’ai accepté de m’engager pleinement. À force de travail et d’abnégation, des frères de Bondoukou ont décidé de m’accompagner en formant des groupes de supporteurs autour du club. Je voudrais les remercier.

Quelles sont vos recettes pour faire renaître cette équipe locale qui comptait dans le championnat national ?

Le sport est très complexe. Le Sacraboutou évolue actuellement en Ligue 3. Le faire monter en Ligue 2 et Ligue 1 est notre objectif. La gestion d’un club de Ligue 3 est très difficile. Parce que vous n’avez pas de supporteurs qui y contribuent financièrement. Vous n’avez personne qui vient en aide. Vous bénéficiez juste d’une subvention de la FIF [Fédération ivoirienne de football, NDLR]. Pour le reste, au président du club d’imaginer. Or la gestion d’un club de foot nécessite d’énormes moyens. Lorsque j’ai pris la tête du Sacraboutou, j’ai déploré et continue à déplorer le fait que la plupart des joueurs de l’équipe ne soient pas de Bondoukou. C’est pourquoi j’ai créé un centre de formation pour qu’on ait une pépinière de jeunes joueurs qui puissent assurer la relève. Par ailleurs, le championnat reste une compétition. On veut des résultats. On veut faire la formation. Mais tout cela demande des moyens. C’est un peu notre handicap.

Président, une équipe de foot sans terrain de foot n’est pas une équipe complète ! La pelouse du Stade Ali Timité est très dégradé. Pensez-vous à sa réhabilitation ?

Les infrastructures sportives sont du ressort de l’État qui dispose de moyens pour les construire et les entretenir. Vous voyez vous-même qu’à la faveur de la CAN que la Côte d’Ivoire va accueillir, c’est l’État qui construit les stades. Il est donc difficile pour le Sacraboutou de vouloir réhabiliter le complexe Ali Timité de Bondoukou. Même la FIF qui est la faîtière n’a pas les moyens pour construire un stade. A fortiori un club. On avait espéré qu’à l’occasion de la CAN, l’État allait réhabiliter notre terrain qui deviendrait un joyau. Malheureusement dans le choix, le stade Ali Timité a été oublié. Dans tout l’Est du pays, aucun stade n’a été réhabilité. C’est dommage pour cette partie du territoire qui a pourtant des équipes qui jouent le championnat national.

Avez-vous alors entrepris des démarches auprès de l’État ?

C’est l’ONS [Office national des sports, NDLR] qui gère le stade. Donc l’État est au courant de la situation du complexe Ali Timité. Lorsque l’AS Tanda jouait en Ligue 1, elle ne pouvait pas accueillir ses matchs à Bondoukou car le stade n’est pas homologué.

Souhaitez-vous intervenir sur un sujet qui vous tient particulièrement à cœur ?

J’ai eu l’occasion de parcourir notre région. La pauvreté y est grandissante. Dans des villages, il n’y a ni école ni dispensaire. Pourtant, l’État donne les moyens aux structures décentralisées. Faut qu’il soit regardant sur ce qui est fait de ces moyens. La plupart des budgets affectés à ces collectivités décentralisées sont affectés à leur fonctionnement. Très peu est consacré aux investissements. C’est incroyable. Vous trouverez des villages où l’eau est rare. Lorsque les pompes tombent en panne quand il en existe, elles ne sont pas réparées tant qu’il n’y a pas de projet d’envergure nationale pour cela. Ce n’est pas juste. Pas normal. Les populations elles-mêmes doivent être matures. Elles doivent être capables de discerner le vrai du faux parmi les personnes qui vont vers elles qu’à l’occasion d’élections. Des gens qui disparaissent juste après en les abandonnant dans leurs conditions tristes.

Propos recueillis par OSSÈNE OUATTARA




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