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jeudi 1 décembre 2022
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BONDOUKOU : La mairie promeut les alliances intercommunautaires pour le maintien de la paix sociale

Défilé de la communauté sénoufo de Bondoukou lors du FASREBO 2, le 14 août 2022

Jamais notre pays n’a connu nombre de violences intercommunautaires avec leurs corollaires de dégâts et morts que ces 20 dernières années. Mettant à mal le vivre-ensemble. Les événements tragiques qui se sont déroulés à N’Douci, la semaine dernière, viennent rappeler ces épisodes morbides et démontrent à suffisance que la paix sociale n’est jamais un acquis. Elle peut être rompue à tout moment. Au point de prendre le voisin, avec qui on a toujours cohabité, pour ennemi. Et qualifier le frère ou la sœur avec qui on ne partage pas la même langue comme un étranger qui « doit rentrer chez lui ».

En vue d’un bon voisinage, nos aïeux avaient pourtant signé des pactes de non-agression sous forme d’alliances interethniques. Ces liens tissés à travers les âges ont permis aux Brong de prendre les Baoulé et les Sénoufo pour alliés. Vice-versa. Ces mêmes alliances ont cours ailleurs entre peuples, en Côte d’Ivoire.

Qu’est-ce qui peut donc amener (par exemple) un jeune brong à vouloir en découdre violemment avec son frère de l’ethnie baoulé ou sénoufo, si ce n’est par ignorance du pacte multiséculaire le liant à eux ? À Bondoukou où 11 groupes ethniques partagent le même espace avec d’autres communautés venues d’ailleurs et/où chacun est l’allié de tous, aucun conflit intercommunautaire n’a surgi. Un vivre-ensemble pacifié qui doit perdurer. Les jeunes générations doivent en apprendre les fondements.

C’est ce qu’a décidé la mairie de la ville en instituant le Festival des alliés des Sénoufo résidant à Bondoukou (FASREBO). Autour du thème « vivre ensemble pas la paix et la cohésion sociale », la 2e édition de cette rencontre culturelle, qui s’est tenue dimanche 14 août, a réussi le pari de la mobilisation pour la promotion des alliances interethniques. « Les alliances interethniques séculaires qui existent entre peuples de notre nation sont connues de bon nombre d’hommes et de femmes. Mais les pérenniser est une paire de manche. Pour la paix et la cohésion entre peuples de notre pays, la mairie de Bondoukou a décidé d’en faire un festival afin de montrer à la jeune génération les valeurs qu’elles incarnent pour un vivre-ensemble harmonieux », a situé monsieur le maire, dans son allocution de bienvenue. Et Koné Hiliassou de poursuivre en s’adressant aux chefs coutumiers : « vous nous avez appris qu’un allié ne doit jamais verser le sang de son allié. Et l’allié de mon ami étant mon allié, si nous appliquons ce principe sacro-saint en sensibilisant nos enfants et petits-enfants, la Côte d’Ivoire sera en paix pour des siècles ».

Le maire de Bondoukou (au centre) avec l’ancienne ministre de la Culture, Badou Arlette (gauche) et la maire de Gbéléban, Sita Ouattara (à droite)

Le premier magistrat de Bondoukou veut faire du cosmopolitisme de sa ville le point centrifuge des valeurs de rassemblement dont a grandement besoin le pays. « De Bondoukou poindra une lumière vive avec les valeurs de rassemblement, de tolérance, de cohésion et de paix qui illuminera les cœurs et les esprits pour un vivre-ensemble harmonieux », a appelé Koné Hiliassou.

Prenant la parole en sa qualité d’invitée spéciale, la maire de Gbéléban a situé Bondoukou comme origine lointaine de sa famille. « Je prends la parole au nom des Ouattara et des Cissé en rendant un vibrant hommage à la mémoire de nos illustres parents dont l’histoire a commencé ici à Bondoukou », s’est souvenu Sita Ouattara. Avant de révéler que son grand-frère, « Alassane Ouattara, président de la République, a été éduqué dans cette culture d’alliance, de parenté, de cousinage et de ˈsanangouyaˈ qui se manifeste par la plaisanterie, la dédramatisation de tous les phénomènes qui empêchent d’évoluer ».

Défilé de quelques communautés alliées résidant à Bondoukou

Pour la jeune sœur du chef de l’État, « les jeux d’alliance sont sacrés. Ils constituent un pacte social, un socle et un contrat de sociabilité dans nos sociétés traditionnelles ». Comme tel, le concept d’ethnie, selon Sita Ouattara, a été une invention de la colonisation pour diviser et mieux régner. « Nous sommes des peuples frères et alliés et non des ethnies opposées. Notre vocation est d’être unis et solidaires afin de conjurer le mauvais sort », a affirmé la maire de Gbéléban. Puis par des parentés à plaisanterie, elle s’est exclamée que « les Brong Kouman ou Adjoumani sont devenus des Ouattara. Les Koné sont devenus des Traoré. Les Touré vont devenir des Kéita lorsque les Lobi auront cessé définitivement de manger les chiens ».

À la prochaine édition du FASREBO qu’elle souhaite voir se tenir chez elle, à Gbéléban, madame la maire promet « convertir à nouveau les Koulango et les Brong qui résistent encore. Nous allons apprendre aux Lorhon comment bien danser le balafon. Nous allons inviter les Agni à abandonner le koutoukou », a ironisé Sita Ouattara.

Le festival a été marqué par des danses, dont le Zaouli, le Kpapkatchan, le Boloye. Et le défilé des communautés alliées : Dan, Yacouba, Wè, Koyaka, Odiénéka, Gouro, Guéré, Baoulé, Agni, Akyé,…

OSSÈNE OUATTARA




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