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lundi 18 octobre 2021
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KOUASSI-N’DAWA (BONDOUKOU) : Au secours ! les orpailleurs ont envahi nos champs !

Des orpailleurs en pleine activité à Kouassi-N’Dawa, sur le mont Pelé, en juillet 2021

Dans la soirée du mardi 30 janvier 2018, le nommé Sana Ousseini, propriétaire d’une mine d’or illégale, a été tué à Assafo, près de Tanda. L’homme de 47 ans a reçu plusieurs balles de 2 quidams qui ont fait irruption sur le site au moment où des transactions financières s’opéraient. Un fait similaire s’est produit samedi 24 juillet 2021 à Babango, toujours dans le département de Tanda. Amidou Traoré, propriétaire d’une autre mine illégale a trouvé la mort au cours d’un braquage sur le site. Le 23 janvier 2015, sur la route menant à Tambi (sous-préfecture de Sorobango), Tanoh K. Thierry est tombé dans une embuscade tendue par des bandits. Ces derniers ont emporté les 15 millions de francs que l’acheteur d’or avait sur lui.

L’orpaillage artisanal non encadré apporte son lot d’insécurité. L’activité est parfois associée à des crimes rituels. À Kouassi-N’Dawa, localité sise à 15 kilomètres de Bondoukou, aucun cas de ces méfaits n’a pour l’instant été noté. Mais le village connaît un afflux de chercheurs d’or sur ses terres. D’où viennent ces gens ? Qui les a envoyés ? Un étranger, aussi fort soit-il, ne peut débarquer dans une localité et occuper des terres sans que l’autorisation lui soit donnée par quelqu’un. La complicité de certains habitants est pointée du doigt.

Les orpailleurs ont fait des émules dans le village. Des jeunes désœuvrés se sont mis dans la recherche artisanale d’or et s’érigent même en défenseurs de l’activité. Y trouvant leur compte, ils se dressent contre les initiatives tendant à mettre fin à cet orpaillage illicite. Ignorent-ils peut-être les conséquences à moyen et long terme de leurs actions ! Sur les sites qui marquent leur passage, l’environnement porte déjà de lourds stigmates. Comme partout ailleurs où leur présence a été signalée : sols cultivables décapés, arbres abîmés, champs détruits… (Lire la vidéo ci-dessous !).

Un véritable fléau. À la catastrophe écologique, il est à craindre que l’orpaillage donne naissance à des disputes entre Kouassi-N’Dawa et son voisin Songori. Les activités minières ayant lieu entre les 2 localités, le premier accuse le second de violer son espace et de livrer ses terres aux chercheurs d’or. Le vieux problème de la délimitation des frontières de chaque village est remis au goût du jour.

La voix « inaudible » de la mutuelle locale de développement

L’arrivée des premiers orpailleurs à Kouassi-N’Dawa remonte à début 2019. Samedi 6 juillet, la Mutuelle de développement du village (MUDEK) tient sa première réunion sur la question. Des mesures sont arrêtées. Entre autres : arrêt total de l’orpaillage, les mineurs étrangers sommés de quitter le village, mission de sensibilisation auprès des villageois sur les méfaits de l’orpaillage illégal.

Par la suite, la présence des mineurs dans le village a été entrecoupée de moments de départ et de cessation d’activités. Puis de réapparition. En 2021, ils ont à nouveau réinvesti des parcelles agricoles sur le mont Pelé, détruisant des cultures. À la grande stupéfaction des propriétaires. Ce qui a amené les membres de la MUDEK à se réunir d’urgence à Abidjan, dimanche 20 juin, pour réaffirmer leur opposition à l’orpaillage dans leur village. Samedi 10 juillet, la Mutuelle a récidivé en organisant une autre rencontre à Kouassi-N’Dawa. Impliquant toutes les couches sociales, le député de la circonscription et le directeur régional des Mines, la réunion a martelé : « aucune forme d’orpaillage n’est possible sur les terres de Kouassi-N’Dawa ». En effet, la zone de Kouassi-N’Dawa est déjà attribuée à un consortium par l’État en vue de la prospection et [éventuellement] de l’extraction d’or, selon Séa Honoré Pascal (le responsable régional des Mines).

Quelques participants de la réunion du samedi 10 juillet organisée à Kouassi-N’Dawa par la MUDEK

Suite à cette dernière rencontre, la gendarmerie a fait une descente sur des sites. Puis a procédé à la saisie de matériels et à l’arrestation de quelques mineurs. Une opération coup de poing pas assez robuste pour dissuader les récalcitrants qui continuent de remuer les terres arables pour quelques grammes de métal jaune. C’est tard dans la nuit, pendant que les habitants dorment, que les chercheurs d’or opèrent dans les plantations des gens. Ils quittent les lieux aux premières lueurs du jour. Laissant derrière eux des trous béants, comme si une nuée de rats fouisseurs était passée par là.

OSSÈNE OUATTARA




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