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jeudi 1 décembre 2022
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Filière coton : Front uni contre un redoutable ravageur

Une des 4 équipes de sensibilisation ici à Mankono avec des producteurs

La production cotonnière nationale est mise à rude épreuve cette année. La cause est l’Amrasca biguttula. L’apparition de cet insecte de la grande famille des jassides dans les plantations de coton a pris de court tout le monde. À commencer par les producteurs dont beaucoup ne se font plus d’illusion : ils ne récolteront rien. L’insecte, qui serait venu d’Inde, a presque tout détruit. Une situation inédite dans la filière.

Un champ de coton infecté par l’Amrasca biguttula à Benguébougou, près de Korhogo

Détecté au départ sur des plants de gombo et d’aubergine à Yamoussoukro, Bouaké, Bouaflé et Vavoua, l’Amrasca biguttula a ensuite jeté son dévolu sur le cotonnier dès le mois de juin 2022. Sa piqûre provoque le jaunissement des feuilles. Puis le dessèchement de la plante. Tout le bassin cotonnier (Nord et Centre) est touché par les dégâts du ravageur.

Venir à bout de l’ennemi

Un front uni contre le bioagresseur est lancé. Le ministère de l’Agriculture et du développement rural, en liaison avec le Conseil du coton et de l’anacarde (CCA) et l’Intercoton, a mobilisé des chercheurs du Centre national de recherche agronomique (CNRA) en vue de venir à bout de l’insecte. Du 26 au 30 septembre, des équipes sont allées dans les localités où l’or blanc est cultivé pour rassurer les producteurs. Les échanges, houleux dans certains endroits, ont essentiellement porté sur l’efficacité des produits issus de la recherche, la disponibilité de ces produits, et la manière de les utiliser pour circonscrire l’action de l’ennemi. Et surtout convaincre les producteurs de ne pas abandonner la culture de coton, un des plus grands produits agricoles d’exportation du pays, classé 3e rang africain. « Il contribue à 7% du PIB », selon le représentant du ministère de l’Agriculture (chef de délégation). Cesser sa culture priverait donc la Côte d’Ivoire d’une de ses importantes sources de revenus.

Les recommandations du CNRA

Même si la traite cotonnière 2022 sera irrémédiablement marquée par des pertes de rendement, les experts du CNRA ont appelé les producteurs à continuer le traitement de leurs champs pour freiner la prolifération du jasside. Selon eux, les nouveaux produits qu’ils ont mis au point prouveront leur pleine efficacité lors de la campagne 2023-2024. Quant à leur posologie, il est recommandé de réaliser 2 traitements de la parcelle à intervalle de 7 jours ; utiliser la buse insecticide pour le traitement ; marcher lentement pour que le cotonnier soit bien mouillé pendant le traitement ; réaliser des traitements groupés par village ou par blocs de culture pour diminuer les risques de re-infestation.

Rencontre avec des producteurs à Odienné

Le directeur exécutif de l’Intercoton a exhorté producteurs et autres acteurs de la filière à faire confiance au CNRA et à s’approprier les solutions édictées pour au moins sauver la prochaine traite. « Nous sommes dans une situation de crise », a fait savoir Silué Siontiamma Jean-Baptiste, à l’étape de Napié. Même message délivré par Soro Yacouba, président de la Fédération des unions des sociétés coopératives des producteurs de la filière coton de Côte d’Ivoire (FPC-CI).

Des producteurs sous le poids des dettes

Dans la quasi-totalité des villes visitées par les équipes mixtes de sensibilisation, les producteurs ont exprimé leur grande inquiétude. Ils avaient déjà contracté des crédits auprès des sociétés cotonnières avant que l’Amrasca biguttula ne fasse son apparition pour tout détruire. L’équipe de reportage a constaté les dégâts. En partance pour Boundiali, elle a fait une escale à Benguébougou, près de Korhogo, sur la parcelle de Soro Jessédou. Sa plantation de 4 hectares est infectée à plus de 60%. Malgré son désarroi, le jeune homme trouve la force de pulvériser, sous une forte chaleur, sa superficie pour essayer de sauver ce qui peut encore l’être. « Vous contactez vous-mêmes l’étendu des dégâts. L’an dernier, à cette même période, les cotonniers étaient hauts. Je ne sais pas comment faire pour rembourser mes crédits cette année », s’alarme-t-il.

Le PCA de l’Intercoton, Soro Moussa, réconforte le producteur Silué Ladji dans son verger ravagé, près de Botro

À Odienné, un autre producteur a affirmé qu’en 30 ans d’expérience dans la culture de l’or blanc, il n’avait jamais vu une attaque aussi sévère contre les vergers. « C’est la première fois que je vois cela », déplore-t-il. À environ 500 kilomètres de là, près de Botro (dans le Centre du pays), c’est le même constat de désolation dont a été témoin Soro Moussa (PCA de l’Intercoton) lorsqu’il s’est rendu dans le champ de Silué Ladji. Ce dernier, découragé de voir ses 3 hectares de plants rabougris de cotonnier, ne sait plus où donner de la tête. Sa doléance est identique à celle que ses collègues producteurs des autres localités sensibilisées ont formulée aux chefs des 4 équipes : « Nous demandons à l’État de nous venir en aide pour rembourser nos dettes », a-t-il lancé. La directrice des productions agricoles au CCA, Ouattara Gniré Mariam (représentant le directeur général de l’organe de régulation), a promis transmettre la question à ses mandants.

Une lueur d’espoir

Dans cette grisaille, l’espoir est venu de l’équipe de sensibilisation partie à Nambingué, dans le département de Ferké. Elle a pu noter une différence nette entre 2 champs : un a été traité avec le nouveau produit chimique mis au point par les chercheurs du CNRA. L’autre, avec un produit habituel. L’Amrasca biguttula n’a pas attaqué la parcelle traitée avec l’insecticide du Centre national de recherche agronomique.

Vue de 2 parcelles de cotonniers à Nambingué. La différence est nette avec celle de gauche traitée avec un nouveau produit du CNRA

Reste à homologuer le produit par les structures compétentes et le rendre disponible à l’ensemble des producteurs pour espérer éradiquer le ravageur.

OSSÈNE OUATTARA




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