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mercredi 21 février 2024
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Anzoumana Ouattara, le self-made-man qui tisse sa toile sociale dans le Gontougo

                                                    Anzoumana Ouattara, le self-made-man au parcours singulier

« La première fois que j’ai porté des uniformes scolaires, c’est lorsque je suis arrivé en classe de 6e. Pire encore, c’est avec une ardoise que j’allais à l’école, du CP1 au CM2. Je n’avais aucun livre ni cahier », se rappelle Anzoumana Ouattara. Dans l’entretien qu’il nous a accordé dimanche 13 novembre, à Abidjan, le président de la Jeunesse consciente de Bondoukou (JCB) est revenu sur ses années difficiles d’écolier. Il est aujourd’hui sous les feux des projecteurs.

Sollicité de toute part pour diverses raisons, peu de gens savent cependant ce qu’il a enduré pour arriver au niveau où il est actuellement. Comme d’ailleurs nombre d’enfants du District du Zanzan issus de familles pauvres qui ont eu à affronter divers obstacles, à leur corps défendant. Les embûches qui se sont dressées sur le chemin d’Anzoumana Ouattara n’ont pas eu raison de sa réussite. « Je n’ai jamais imaginé qu’un jour je roulerais ma propre voiture », affirme-t-il. Les difficultés rencontrées l’ont forgé à ressentir la souffrance et la douleur de l’autre comme les siennes. De l’empathie. Ce qui l’amène à partager ce qu’il a, comme il le dit lui-même. Et comme toute réussite, celle du jeune Anzoumana a une histoire.

Un enfant appartenant à plusieurs villages

Anzoumana Ouattara vient de plusieurs localités de la région de Gontougo. Son village paternel est Kamélé, dans le département de Sandégué. De par sa mère qui réside actuellement à Gouméré, il est également de Soko, Duakouamé et Séréoudé (des villages du département de Bondoukou).

Il a débuté ses études primaires à Kamélé. Puis les a achevées à Gouméré avec l’obtention du CEPE. Il intègre le lycée moderne de Bondoukou pour le premier cycle du secondaire. Il y reste 3 ans. C’est au collège BAD de Koun-Fao qu’il décroche le BEPC. Il s’est ensuite retrouvé à N’Douci où il fait une partie du second cycle. Son périple d’élève s’arrête à Abidjan où il obtient le BAC.

De dures réalités

Pour ses études supérieures, c’est d’abord le CBCG de Treichville qui l’accueille. Son passage dans cet établissement est couronné par le succès au BTS en transports & logistique. Puis c’est la galère pour avoir un stage en vue de valider le diplôme. « J’ai frappé à toutes les portes. Mais impossible d’avoir un stage. Finalement, l’école m’en a trouvé après de longs mois d’attente. C’est à la clinique Panthéon médical sise à Cocody Riviera », raconte Anzoumana Ouattara. Avec d’autres personnes, son travail consiste en l’approvisionnement de la pharmacie du centre de santé en médicaments. La chaîne obéit à un circuit logistique encadré.

Enfin, le BTS validé ! Anzoumana poursuit sa formation en s’inscrivant à l’Institut des technologies d’Abidjan (ITA), à Marcory. À sa sortie, sa recherche d’un emploi l’amène à jouer le rôle de commercial dans la poissonnerie de son grand-frère située dans le périmètre portuaire. « Je me suis mis à parler à des femmes en proposant de leur livrer du poisson. Beaucoup ont accepté et je suis devenu leur livreur dans des marchés. Et de bouche à oreille, mes clients devenaient nombreux », révèle-t-il. Avec ce commerce, Anzoumana n’a plus aucun souci d’argent. Tout va bien pour lui.

Mais sa santé va prendre un coup. Une terrible maladie le terrasse. Incapacité à marcher ou faire quoi que ce soit. Il est comme paralysé. Après 6 mois d’invalidité, il est à nouveau sur pied. Impossible cependant de reprendre son fructueux business de livraison de poissons. Il a perdu ses clients. Retour à la case départ. Il s’est remis dans la vente des médicaments chinois pour vivre. Une activité à laquelle il s’adonnait pour subvenir à ses besoins lorsqu’il était lycéen. « Déjà élève, j’avais le sens des affaires. Je faisais ce commerce », se souvient-il. Il ne perd pas espoir de trouver mieux à faire. « Je passais mon temps à envoyer des demandes d’emplois à des entreprises via le site internet Educarrière.ci », raconte Anzoumana Ouattara. Un jour, il est appelé par une société d’importation de sel qui l’embauche. Tout se passe bien dans cette entreprise pendant 2 mois. Puis les choses ont commencé à devenir difficiles. Les salaires ne sont plus payés. Près de 8 mois sans rémunération. La société ayant des difficultés avec un de ses fournisseurs à l’étranger. L’employé vit une véritable galère. Il prend son mal en patience.

Et l’inattendu se produit !

Un homme d’affaires européen veut importer en Côte d’Ivoire des machines de transformation de l’hévéa. Pour ce faire, il est à la recherche d’une personne bilingue qui peut l’aider à réduire ses charges d’importation. Il en parle au gérant de l’entreprise de sel où travaille Anzoumana. « Ça tombe bien ! J’ai ici un jeune qui parle français et anglais. Il maîtrise bien le circuit pour avoir étudié les transports et la logistique. Il peut faire en sorte que vous soyez exonéré de certaines taxes », aurait rassuré son patron. Ce dernier lui en parle et le contact est aussitôt noué avec l’Européen. « Après nos échanges, j’ai monté un dossier. Je suis ensuite allé discuter avec le CEPICI pour que les facilités prévues par le code des investissements soient appliquées à notre cas. Les choses ont été débloquées très rapidement et les machines ont été importées », relate avec fierté l’ancien étudiant du CBGC et de l’ITA.

Une relation de confiance est désormais née entre le jeune homme et l’importateur européen. Anzoumana devient son chauffeur. Pendant près de 2 ans, il le conduit partout. Ils vont parfois hors du pays, au Ghana. Finalement, lorsque l’homme d’affaires a fini par monter son unité de transformation d’hévéa, il choisit son chauffeur pour être son second dans la hiérarchie de la société.

Lors de notre entretien à Abidjan, dimanche 13 novembre

Le promu ne se contente pas d’être le numéro 2 de la boîte. Il va flairer une opportunité qui l’incite à créer sa propre entreprise. En effet, l’usine de transformation ne dispose pas de ses propres camions pour son approvisionnement en hévéa. Elle est obligée de recourir à des transporteurs privés pour convoyer la matière première. Anzoumana Ouattara sent la bonne affaire et crée sa société de transport en 2018. Ce sont ses camions qui font la livraison du produit.

« Je ne suis pas transitaire »

La connaissance d’Anzoumana Ouattara de l’environnement portuaire et tout ce qui s’y rapporte, en raison de sa formation en transports & logistique, amène certains à lui coller la profession de transitaire. « Je ne suis pas transitaire. Je suis plutôt transporteur », clarifie-t-il. Il sait de quoi il parle. Sa société de transport compte des camions et d’autres types de véhicules qu’il loue à des entreprises. Le géant des infrastructures routières, COLAS, fait partie de ses clients. Il est un jeune homme d’affaires prospère. Ses activités lui assurent d’importants revenus financiers. De quoi lui permettre de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin et qui lui font appel.

De nombreuses réalisations à son actif

Dans le Gontougo, sa région natale, la plupart des gens n’ont aucune idée du parcours singulier de celui qui est devenu à la fois transformateur d’hévéa et transporteur. Son engagement dans le social lui confère pourtant une notoriété. Tel une araignée, il tisse sa toile partout. Nombreuses sont ses actions au bénéfice des populations.

Anzoumana Ouattara offre 6 tricycles et 4 broyeuses aux association féminines de Soko

Depuis 4 ans, Anzoumana Ouattara est l’organisateur d’un grand rassemblement annuel à Bondoukou pour faire la promotion des artistes-chanteurs locaux et ce qu’il appelle « la jeunesse entreprenante ». C’est-à-dire les jeunes du secteur informel. L’organisation de l’évènement lui coûte 60 millions de francs CFA, fait-il savoir. La grande partie de l’argent sert à acheter des casques et tondeuses qu’il offre aux coiffeuses et coiffeurs, des matériels pour les couturiers, les menuisiers, les peintres, les mécaniciens, etc. Les femmes regroupées en diverses associations reçoivent des motos tricycles.

À Goli, près de Bondoukou, c’est une cantine scolaire qu’il a construite. À Motiamo, le jeune homme d’affaires a édifié un marché exclusif pour les fameuses potières du village. Cet espace devant permettre à ces femmes expertes d’exposer leurs articles et les vendre. À Soko, il a financé chacune des associations féminines des 7 quartiers. Il a également réalisé un forage dans la localité. Anzoumana a offert la même infrastructure hydraulique aux habitants de Digowiri et à ceux des quartiers « route Abema » et « camp militaire » de Bondoukou. Idem au Centre hospitalier régional (CHR) où l’eau est désormais disponible à tout moment grâce à lui.

Le 6 octobre 2022, le président de la JCB procède lui-même à l’inauguration du forage qu’il a construit à Digowiri, non loin de Bondoukou

Le président de la Jeunesse consciente de Bondoukou dit être le partenaire des femmes de la ville. « Je finance toutes les associations féminines de la ville », tient-il à indiquer. À chaque rentrée des classes, souligne-t-il encore, il prend en charge les frais de scolarité de plus de 150 élèves dont les parents n’ont pas les moyens de les payer.

Le reprofilage de la route Bondoukou-Soko est à l’actif d’Anzoumana Ouattara. Sa générosité s’exprime parfois par des aides en espèce qu’il apporte. Son  engagement caritatif s’étend au domaine religieux. Chaque année, le jeune participe à la construction d’églises et de mosquées en faisant don de 100 tonnes de ciment. En témoignent les 2 tonnes qu’il a fait convoyer à Torossanguéhi comme contribution au chantier de la mosquée du village.

La liste de ses réalisations est longue. On n’a qu’énumérer quelques-unes. Le natif de Kamélé n’a pas fini avec les surprises qui donnent la joie aux populations. Au siège de son organisation, la JCB, à Bondoukou, s’empilent des dizaines de courriers le sollicitant pour toute sorte de motifs.

Des actions qui cachent des ambitions politiques ?

Toutes ces actions cachent-elles des ambitions politiques ? Anzoumana Ouattara est catégorique : « je ne demande à personne de me rembourser tout ce que je fais ». Alors lorsqu’on lui demande s’il sera candidat aux élections municipales à venir, comme le rapportent des bruits de couloir, il répond par un sourire. Simple stratégie de communication ? D’ici à octobre de l’année prochaine, date de l’échéance, tout reste possible pour celui qui dit néanmoins s’en remettre « à la décision de ses parents de Bondoukou », en dernier ressort.

OSSÈNE OUATTARA




3 thoughts on “Anzoumana Ouattara, le self-made-man qui tisse sa toile sociale dans le Gontougo

  1. Mr Konan atta

    Vraiment Mr Anzoumana est un fils dinamique très a que en disponible à la population du zanzan prêt pour les jeunes du zanzan même en dehors de la politique il est prêt pour nous . l’eau sous de vie il nous a donné sa . les Jan parlent beaucoup de toi mai moi je t’ai jamais Merci pour votre comprention .

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